La pauvreté masculine au Québec : un problème invisible qui exige une action urgente
Une nouvelle analyse de la mesure du panier de consommation (MPC) révèle une réalité peu discutée : les hommes seuls de moins de 65 ans représentent la population la plus touchée par la pauvreté au Québec, un enjeu négligé dans les politiques publiques actuelles.
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- 26,6 % des hommes seuls de moins de 65 ans vivaient sous le seuil de la pauvreté en 2022.
- Près de 188 000 hommes seuls sont concernés.
- Les personnes seules sont cinq fois plus à risque de pauvreté que les familles.
- Les hommes sont plus touchés que les femmes dans tous les groupes d’âge.
- Les déterminants sociaux de la santé indiquent plusieurs vulnérabilités masculines : scolarisation plus faible, aide sociale, itinérance.
Un portrait alarmant de la pauvreté masculine
Une analyse récente de la mesure du panier de consommation (MPC) met en lumière un constat troublant : les hommes seuls de moins de 65 ans forment la catégorie de population la plus affectée par la pauvreté au Québec. En 2022, 26,6 % d’entre eux vivaient sous le seuil de la pauvreté, une proportion largement supérieure à la moyenne de 10,3 % observée pour l’ensemble des unités familiales.
Au total, ce sont près de 188 000 hommes qui se trouvent dans une situation précaire, souvent sans intervention publique spécifique destinée à leur réalité.
Être une personne seule : un prédicteur majeur de pauvreté
Selon l’analyse du professeur retraité Jean-Yves Desgagnés, membre du Pôle d'expertise et de recherche en santé et bien-être des hommes (PERSBEH), la situation des personnes seules demeure préoccupante. Elles avaient en 2022 cinq fois plus de chances d’être pauvres que les familles.
Parmi ces personnes seules, les hommes présentent systématiquement un taux de pauvreté plus élevé que les femmes, peu importe l’âge. L’analyse montre également que la gravité de la pauvreté (l’écart entre le revenu réel et le seuil de pauvreté) est plus marquée chez les hommes seuls de moins de 65 ans, avec un écart moyen de 40,2 %.
Cette réalité démontre que la pauvreté masculine est non seulement répandue, mais souvent plus profonde et plus difficile à surmonter.
Des déterminants sociaux de la santé au rouge
Les données mettent également en évidence plusieurs vulnérabilités masculines liées aux déterminants sociaux de la santé. Les hommes concernés sont souvent :
- moins scolarisés ;
- davantage dépendants de l’aide sociale ;
- plus susceptibles de vivre en situation d’itinérance ;
- moins susceptibles de demander de l’aide en raison de la stigmatisation ou de mauvaises expériences passées.
Selon le professeur Desgagnés, l’accès à l’aide sociale constitue un enjeu majeur. Les prestations reçues par les hommes seuls considérés aptes au travail ne couvrent en moyenne que 45 % du seuil de pauvreté de la MPC, ce qui les entraîne dans un cycle de survie constant.
L’obtention de l’aide sociale demeure complexe pour bon nombre d’entre eux, accentuant leur vulnérabilité financière et psychosociale.
Un réseau communautaire sous pression
Dans un contexte d’inflation, de crise du logement et d’incertitude économique, les organismes communautaires sont de plus en plus sollicités. Ils constatent une hausse notable du nombre d’hommes demandant de l’aide et une intensification de leurs besoins :
- jeunes hommes en difficulté ;
- hommes vieillissants ;
- pères en situation précaire ;
- hommes issus de minorités ou ayant des statuts migratoires vulnérables.
Selon Raymond Villeneuve, président du Regroupement des organismes pour hommes de l’île de Montréal (ROHIM), l’absence de renouvellement du Plan d’action ministériel en santé et bien-être des hommes est particulièrement préoccupante. Le manque de coordination institutionnelle survient à un moment où « la détresse masculine s’accroît », laissant une partie importante de la population sans ressources adaptées.
Pour mieux agir : sortir la pauvreté masculine de l’angle mort
Pour Jean-Yves Desgagnés, il est essentiel que la pauvreté masculine soit reconnue et intégrée aux politiques publiques. Plusieurs pistes sont proposées :
- élargir le revenu de base à toutes les personnes admissibles ;
- améliorer la compréhension des enjeux de santé mentale masculine ;
- développer des services adaptés aux parcours masculins en situation d’itinérance ;
- renforcer l’accompagnement social pour réduire la méfiance envers les services d’aide.
Selon le chercheur, reconnaître cette réalité permettra de mieux répondre aux besoins des hommes vulnérables et, par ricochet, d’améliorer le bien-être des familles et des communautés qui les entourent.
À propos du ROHIM
Le Regroupement des organismes pour hommes de l’île de Montréal (ROHIM) rassemble des organismes dédiés au soutien psychosocial, à l’intégration sociale et au mieux-être des hommes. Sa mission est d’améliorer la santé globale des hommes et de promouvoir l’importance de services adaptés à leur réalité.
Source : Regroupement des organismes pour hommes de l’Île de Montréal (ROHIM)
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Publication Index Santé : 2025-11-18















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